Manifeste

Skandalon

Là où la pensée trébuche, où le succès n’est pas assuré.

Skandalon : du grec ancien skandalon, dérivé du verbe skandalizō qui signifie « faire trébucher », « offenser » ou « scandaliser ». Le terme désigne un obstacle sur le chemin susceptible de faire tomber. Mais cette chute a pris, plus tardivement à l’ère chrétienne, un sens mystique : elle devient révélation d’une vérité dérangeante, agissant comme une pierre d’achoppement qui fait sombrer ou élève spirituellement.

Les Éditions Skandalon se positionnent là où la pensée trébuche, où le succès n’est pas assuré. C’est là que la philosophie, la poésie et la littérature deviennent intéressantes. La chute élève l’homme.

Nous assumons la condition erratique de notre humanité. Mille fois un homme a chuté. Et on en a souri, et on s’en est moqué. On attendait un faux pas supplémentaire, et il a trébuché. Mais c’est alors qu’il s’est mis à danser.

Qui a appris à marcher sans chuter ? Qui peut croire que l’on peut danser sans la conscience aiguë de la pesanteur qui nous écrase, de la précarité des choses, du risque de la chute ? Qui donc peut croire que l’on apprend à danser sans un scandale plus grand que celui de l’existence qui nous fait trébucher sur la réalité ?

Nous célébrons la chute en amants de l’élévation. Toute grande pensée est une pensée qui danse au-dessus de l’abîme. Nous célébrons la chute comme notre plus précieux trésor. On danse toujours sur un abîme, le sien. On pense toujours sur un abîme, le nôtre.

Au risque du scandale, il y a une alternative : la norme de l’insipide, du sûr, de l’absence de risque. Cette poésie, cette philosophie, cette littérature est un idéal de rampant. Elle pense ventre à terre. Penser, écrire vraiment est un étrange vertige, et c’est tomber de haut. Fatalement. Risquer d’être incompris, ignoré, méprisé. Mais c’est le beau risque. Non pas un risque à courir, mais un risque à s’envoler.

Les Éditions Skandalon veulent accueillir les œuvres qui prennent ce risque. Elles défendent une littérature, une pensée et une parole qui ne recherchent ni l’innocuité ni la conformité, mais la justesse, l’intensité et l’épreuve du vrai.

Leur exigence n’est pas celle d’une posture, mais d’une fidélité : fidélité à ce qui dérange, à ce qui met en mouvement, à ce qui révèle par le heurt. Une œuvre n’a pas à rassurer pour mériter d’être publiée. Elle doit d’abord être vivante.

Publier, pour nous, n’est pas occuper l’espace. C’est ouvrir un lieu de chute et d’élévation. C’est faire place à ce qui, dans une voix, un texte, un rythme, une forme, oblige à penser autrement. Il ne s’agit pas d’entretenir le scandale pour lui-même, mais d’accueillir ce point d’achoppement sans lequel il n’y a ni danse, ni style, ni pensée.